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ChristianLavigne?, cybersculpteur (http://christianlavigne.free.fr)

Les esprits éclairés, et les gens bien informés, ne peuvent que saluer la pertinence de l'article d'Olivier AUBER intitulé "Quel projet politique pour le réseau?". A une remarque près, sur laquelle je reviendrai.
Force est de constater qu'en France, après l'agitation créée par la loi DADVSI, mal préparée, mal écrite, et mal votée par nos hommes politiques illustrant pour l'occasion le fameux Principe de Peter (à l'exception d'une poignée d'élus de droite ou de gauche qui ont fait l'effort de comprendre techniquement et philosophiquement le sujet), force est donc de constater que le thème de la "société de l'information" a quasiment disparu des débats actuels, alors même que, précisément, nous devrions être amenés à choisir, lors de la prochaine élection présidentielle, entre différents "projets de société".

Or nous sommes bien loin d'entendre des discours d'une telle hauteur de vue. La question posée par Olivier AUBER n'est finalement qu'une question subsidiaire (mais de la plus haute importance) à celle plus générale de savoir "quel projet politique pour la culture et la civilisation" on nous propose. Il suffit d'écouter, à la radio ou à la télévision, les échanges entre nos compatriotes et nos candidats pour être édifiés sur le niveau global des questions et des réponses qui intéressent "monsieur tout le monde" comme le journaliste ou le "people" moyen. Chacun y va de son problème perso ou catégoriel, sans grand soucis du "bien commun" dont parle Olivier AUBER. Bref, pour résumer, celui qui roule en vélo demande quand il aura sa moto, à de potentiels futurs présidents vus comme de simples mécaniciens en chef - qui d'ailleurs serreront plus ou moins les boulons. Et nos candidats de se prêter au jeu, avec une complaisance définitivement navrante pour ceux qui se font une autre idée du rôle d'un chef d'état.

Le problème de l'Internet, de la création et de la diffusion des technologies et des contenus, a ceci de remarquable qu'il oblige à recentrer notre réflexion sur les enjeux de civilisation. Comment s'étonner alors que ceux qui nous gouvernent ou nous gouvernerons évitent soigneusement le sujet ? Mis à part les extrémistes aux idées totalitaires et simplistes, nos politiques ont-ils un vrai programme culturel à suggérer, au sens large et anthropologique du terme ? Ont-il une vision de l'avenir qui dépasse deux ou trois mandats électoraux ? Sur ce point les écologistes, qui posent eux aussi des questions fondamentales, ont su les obliger à se déterminer – ou du moins à en donner l'illusion. Il appartient sans doute à la "société civile" des internautes et des informaticiens de se manifester avec plus de virulence pour enfin se faire entendre. Le sage en sa rêverie se demande en quel siècle finiront ces rapports de force perpétuels, quand l'humanité cessera d'être une cour de récré ou chacun essaye de piquer les billes de l'autre. Le véritable progrès c'est de réfléchir à des règles communes grâce auxquelles nous aurions tous un rôle positif à jouer, enrichissant pour nous-même et pour la collectivité.

Je voudrais maintenant revenir sur deux points d'histoire, dont un que que l'excellent Olivier AUBER a un peu déformé...Mais je salue encore une fois la qualité de ses propos, qui nous prouve, s'il en était besoin, l'intérêt de la libre parole sur le Net – formidable outil avec lequel nous pouvons dépasser les discours convenus des médias tradtionnels.

Abordons brièvement ces deux points d'histoire.
La vogue actuelle de Second Life est sans doute la manifestation la plus nette du succès médiatique, de la réussite des "attachés de presse" – volontaires ou involontaires - du système capitaliste le plus débridé. Il faudrait avoir une mémoire vraiment courte pour ne pas se souvenir que l'origine de cet univers parallèle est celui d'ActiveWorlds? (http://www.activeworlds.com/), toujours en fonction, avec des centaines de mondes virtuels, dans lequel certes il faut acheter sa place si l'on veut construire quelque chose, mais qui ne possède ni monnaie ni système de transactions financières. Est-ce donc pour cela qu'en France les gens qui se disent de Gauche ont négligé ActiveWorlds? (ouvert depuis 1996) et se sont précipités dans Second Life ? Ironique paradoxe. Mais la médiocrité n'est ni de Gauche ni de Droite, elle est également partagée, et nous sommes certains maintenant que le "virtuel" qu'on nous propose (qu'on nous impose ?) est bien le miroir navrant de la triste réalité. Quant au système acentré VReng, on se demande bien qui lui fait de la publicité: même l'ENST parait fort discrète à ce sujet. Amnésie, engouement irréfléchi, culte de la mode, manque de volonté... ce ne sont pas des atouts fameux !

Oui, je ne suis pas dupe pour ActiveWorlds?. Vreng est né à même époque, et le Generateur Poïétique dix plus tôt encore ;-)
Pourquoi l'ENST n'a jamais fait la promotion de Vreng, je ne sais. Il faudrait leur demander...--OA

A la fin de son article, Olivier AUBER insiste sur la nécessité politique d'une "invention majeure, analogue à la « perspective spatiale », qui marqua le passage du monde hiérarchisé du Moyen Age à celui, géométrisé, de la Renaissance" (sic). Le terme exact est "perspective centrale", effectivement découverte (ou redécouverte) à la Renaissance, mais surtout mise en théorie dans le cadre d'une vision nouvelle de l'Homme et de la Nature. Contrairement à ce que laisse entendre Olivier AUBER, cette révolution des mentalités ne cherche absolument pas l'abolition des hiérarchies, mais tente de reconstruire le monde selon un modèle de permutations successives d'où il ressort qu'au final, comme l'a brillamment démontré, entre autres, Derrick De KERCKHOVE, l'Homme prend la place de Dieu, exactement au "point de fuite" de cette nouvelle perspective. De KERCKHOVE avait particulièrement étudié la composition des décors de théâtre (c'est-à-dire la mise en scène du monde), qui à partir de cette époque ne pouvaient être pleinement appréciés que du "point de vue" du roi ou du prince situé dans un axe bien défini. Par ailleurs, nous savons, grâce aux travaux de Rudolf WITTKOWER, que la Renaissance, "détail" méconnu du grand public, est le moment exact où les artistes revendiquent, avec succès mais non sans batailles, un statut d'intellectuel. Il y a donc là en substance une volonté de bouleversement profond des hiérarchies, accompagnant une nouvelle "imago mundi" tour à tour inquiétée et confortée par la découverte d'horizons inconnus.

Je n'ai pas dit que le bouleversement des hiérachies était une cause. C'est plutôt une conséquence de l'invention du monde géométrisé de la Renaissance --OA

Sans connaître Olivier AUBER, j'appelle de mon côté, depuis bien des années, à une "Nouvelle Renaissance", ayant expérimenté par des réalisation concrètes tout l'intérêt du "Nouvel Atelier" – l'atelier numérique où se retrouvent chercheurs, artistes, ingénieurs, industriels.
Il appartient effectivement aux politiques d'ouvrir les yeux sur cette opportunité magnifique, et d'encourager la collaboration des talents dans une perspective commune de progrès, qui cette fois ne se construira plus sur un centre mais sur un réseau.

Christian LAVIGNE, cybersculpteur.
22-24 mars 2007
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