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Réaction du 10 juillet au projet de rapport de la FING pour la consultation "Internet du Futur'" à remettre au Gouvernement le 13 juillet 2009

par OlivierAuber


Bonjour,

En l'état, ce rapport me semble témoigner d' un "bon esprit" dans l'approche de l'Internet du futur, mais son format très limité fait sans doute qu'il ne peut aller au delà.

Je n'ai pas le temps malheureusement de le travailler en détail, mais je reprécise ci-dessous quelques idées que j'ai pu exprimer à l'écrit (sur le site) ou à l'oral (lors de notre rencontre).

1) En matière de confiance et d'identité numérique, l'Etat (destinataire de ce rapport) fait autant partie du problème que de la solution.

2) La seule chose qui peut "protéger" les gens, c'est leur propre regard sur le réseau.

3) Le "Multicast" en tant que protocole IP permettant des échanges indifféremment "un-tous" ou bien "tous-tous" symétriques sans l'intermédiaire d'aucun serveur est à mon sens une nouvelle frontière de l'Internet.

1) Il existe aujourd'hui quantité de "fournisseurs d'identités" à un titre ou un autre : banques, providers, entreprises (pour leurs salariés), opérateurs OpenID, etc. L'Etat lui-même est un fournisseur d'identité, qui, si il veut continuer à jouer un rôle dans ce domaine, doit cesser de se comporter comme si sa légitimité était assurée a priori du fait de son monopole historique. La confiance ne se décrète pas, pas plus envers l'Etat qu' envers n'importe lequel des acteurs cités plus haut. Il faut donc certainement revenir aux fondamentaux et accepter de s'interroger sur ce qui a fondé la légitimité de l'Etat en matière de "fourniture d'identité" pour découvrir comment celle-ci pourrait se prolonger. S'il semble assuré que l'Etat ne retrouvera jamais ce monopole, il pourrait par contre rappeler aux autres acteurs de l'identité numérique certains principes qui fondent ce type de légitimité, voire même les rappeler à l'ordre si cela devenait nécessaire. En guise de piste, il y a l'idée selon laquelle, l'identité numérique est une passerelle entre l'infrastructure et l'infostructure. Les fournisseurs d'identité, quels qu'ils soient, doivent donc contribuer à l'un et à l'autre de manière solidaire. Je vois là une piste pour développer l'idée de "Mécénat global"...

2) Dans l'actuelle course à la sécurité, tous les acteurs industriels et les institutions rivalisent pour faire partie de ceux qui "protègeront" la veuve et l'orphelin connectés au haut débit . Seulement, nous sommes dans un problème pharmacologique comme le dit Bernard Stiegler: ces industriels et ces institutions peuvent tour à tour, voire simultanément, jouer de rôle du poison ou du remède. En dernier ressort, c'est à chacun de se protéger par son propre esprit critique, que l'on peut voir comme une pratique d'automédication. Peut-on apprendre l'automédication? C'est une question que ceux qui font profession d'éducateurs doivent se poser.

Cf. "Quelques bases pour la formation du regard sur l’architecture du réseau en vue d’une auto-régulation de sa structure et de ses usages?"
http://internetdufutur.wordpress.com/texte-de-cadrage/#comment-6 (voir aussi ci-dessous)

3) La question du "Multicast" est complexe. Je n'ai pas le temps de détailler ici, ni même de tenter de l'introduire. Il faudra y revenir plus tard en impliquant des personnes compétentes et intéressées.

Bien à vous

--
Olivier Auber





Quelques bases pour la formation du regard sur l’architecture du réseau en vue d’une auto-régulation de sa structure et de ses usages?

Il est dit: “La force de l’internet réside dans la simplicité, le caractère même sommaire de ce qui le constitue : un système d’adressage (IP), des protocoles de communication de base (TCP par exemple) et une architecture générale qui n’établit pas (en principe du moins) de hiérarchie entre les appareils connectés.”

—> Si architecture générale n’établit pas de hiérarchie, en revanche, elle en favorise intrinsèquement l’émergence. Et cette hiérarchie est planétaire: “the winner takes all” (Google, Verisign, etc.). Cela me semble être un point crucial à souligner car cette concentration d’information, de pouvoir et de capitaux est explosive. Je l’ai écrit plusieurs fois, dans cette hiérarchie, “nous avons perdu” (GAME OVER http://perspective-numerique.net/wakka.php?wiki=IriOlivierAuberOct08 ). La refondation de l’architecture dans le sens d’un nouvel équilibre sociétal passe à mon sens par un nouveau regard commun sur l’architecture.

“ce qui importe aujourd’hui est de préserver ce qui a fait de l’internet la formidable plate-forme d’innovation, d’expression et de création qu’il est aujourd’hui”
* Une architecture délibérément agnostique …
* Un réseau neutre…
* Un réseau à vocation universelle…
* Un réseau où, … les productions, se déploient dans la plus grande liberté.”

—> Il me semble que le verbe “préserver” laisse planer l’idée d’un internet originaire à la Rousseau où ces conditions auraient été remplies. Or comme je le dis plus haut, l’architecture de l’Internet telle qu’elle est depuis le début est grosse des déséquilibres que nous observons (cf. Alexander Galloway http://perspective-numerique.net/wakka.php?wiki=IriAlexanderGallowayOct08Video ). Il me semble donc que le verbe “construire” serait plus pertinent: tout est à faire!

“Comment, dans le respect de ces principes, répondre à la crise de croissance de l’internet, accommoder les nouveaux usages et les nouveaux utilisateurs, limiter les risques et éviter des drames ?”

—> Une piste à mon sens est dans l’éducation des regards. Comme je le signalais en commentaire d’un billet de JMM que je reproduis ci-dessous:

http://www.internetactu.net/2009/05/25/la-convergence-des-sciences-13-un-choix-de-societe/#comment-1003012

Jean-Michel Cornu dixit: “Il n’est pas nécessaire d’en comprendre tous les fondements techniques, mais de comprendre seulement l’architecture”

Oui, oui et re-oui, mais comment rendre lisible cette architecture, j’entends au sens politique et social car c’est ce qui importe in fine au commun des (im)mortels? Il est proposé une grille d’analyse dans Prospectic (le dernier libre de JMC): c’est celle de la “perspective” (spatiale, temporelle ou numérique). Sans entrer dans les détails théoriques, il s’agit simplement d’apprendre à distinguer dans une applications NBIC la nature de ce qui “lie” les usagers (ou les victimes), – entre eux d’une part, et avec l’application et l’organisation humaine qui l’a met en place, d’autre part -.

Trois bonnes questions peuvent être posées:

1) L’application est-elle intimement dépendante d’un centre physique particulier (un laboratoire, le siège d’une multinationale, un centre de commandement, etc.)?

2) L’application nécessite-elle une connexion quasi-permanente « en temps réel » des parties concernées avec ce centre (via un serveur, un centre de distribution, un centre de calcul, etc.)?

3) L’application met-elle en œuvre un « code » qui doit être partagé par toutes les parties impliquées ? Cela peut être un logiciel particulier, une (nano)machine, une fréquence radio, une adresse internet, une clé de cryptage, un protocole d’échange, un langage, un gène, un virus ou une molécule…

Dans les trois cas, les questions subsidiaires sont: quelle est la rétroaction des usagers (…) sur le centre physique, ce commutateur ou ce code? A qui appartiennent-ils? Comment sont-ils gouvernés?

Il va de soi que la plupart des applications que l’on pratique aujourd’hui, on est amené à répondre OUI aux trois questions. Dans le cas de l’application « Iphone » par exemple, les réponses sont : 1) Apple 2) Apple Store 3) l’objet Iphone lui-même. Faites vous-même l’exercice avec les application « Skype », « Vélib », etc. et tentez de répondre aussi aux questions subsidiaires…

Dans le cas des applications véritablement NBIC, les réponses sont plus complexes à formuler, notamment sur la question de gouvernance du « code », mais des analogies avec des applications connues de longue date peuvent aider. Par exemple le « tabac » peut être vu comme une application NBIC ancestrale. Les réponses seraient dans ce cas : 1) Industries du tabac 2) Circuit de distribution 3) Nicotine. Réponse à la question subsidiaire : la régulation de l’industrie du tabac a longtemps été confiée à des monopoles nationaux (SEITA), aujourd’hui elle s’opère essentiellement par voie fiscale (surtaxe), par la consommation ou la non-consommation, et la spéculation.

En résumé, il n’est pas si compliqué d’aiguiser la comprenette de nos contemporains sur ce qui les attend avec les NBIC (et l’Internet), à condition qu’il existe une véritable volonté politique de le faire. Et c’est là que ça se corse, car les acteurs sont juges et parties. Voudront-ils que leur position soit mise à nu?
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