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Le discours du philosophe ne peut que porter sur les différentes volontés, si le philosophe parle d’autre chose que de forces ou de volontés il ne fait que les masquer car il ne regarde que les effets de ces volontés. Mais que pouvons-nous comprendre d’une volonté si elle est comprise comme fait brut? Nietzsche introduit ici deux outils : l’interprétation et l’évaluation.

Nietzsche n’est pas le premier à parler en termes de perspective, l’époque de la mort de Dieu avait déjà ouvert cette sensibilité. L’homme qui prend la place de Dieu effectue déjà cette relativisation; la pensée devient question de point de vue et le concept de vérité s’effrite à sa base. Mais les perspectivistes qui précèdent Nietzsche, Dilthey? en particulier, acceptent la pluralité des perspectives, mais cherchent à tout prix à hiérarchiser ces dernières. Même Hegel? conçoit l’idée des perspectives, mais il les réintègre violemment à l’Esprit en les camouflant comme des moments du déploiement de ce dernier dans le réel. Dilthey tente de concilier les perspectives entre elles : elles ne s’épuisent pas réciproquement.

Les perspectives ont pour objet de comprendre et non d’expliquer; le sujet est toujours présent dans l’objet et il faut l’accepter à défaut de verser dans l’objectivisation de l’homme lui-même. Mais Nietzsche rompt avec tout cela, il n’y a pas de sujet à proprement parler, comme il n’y a pas d’objet. Il n’y a que des volontés qui interprètent des forces et évaluent des volontés. Il n’y a pas d’humanité comme objet, il n’y a que des êtres humains, mais chacun de ces êtres n’est ni identique ni unitaire. Partout où il y a unité, il y a nécessité de déconstruire et trouver la multiplicité des forces qui compose un semblant d’unité. Il faut que la science soit plus discriminante, plus distinctive : elle doit séparer.

Nietzsche déstabilise également le socle sur lequel se sont appuyé toutes les épistémologies : la relation sujet/objet. Pour les positivistes, la relation sujet/objet est directe et non médiatisée, le sujet est le dépositaire du sens et de la signification de l’objet. Pour les dialecticiens, la relation sujet/objet est médiatisé par l’Esprit, le sujet pose une identité langagière à un objet et l’expérimente par la suite, dans le négatif pour aboutir à la confirmation de cette identité, le sujet doit donc imposer un concept à la chose avant d’en faire l’expérience dans le réel négatif. Pour Nietzsche, le sens est interne à la force et la volonté qui interprète tente de révéler ce sens en fonction de la signification que ce sens peut avoir pour cette volonté. C’est là un point de rupture majeur qui mettra en échec bien des volontés scientifiques.

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