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PluieDePresences / Discussion

PierrePetiot?:

"Suite à une discussion un peu ancienne avec Olivier (et quoique sans référence à un autre échange encore plus ancien avec Philippe) je voudrais faire observer que la perspective n'est pas fondamentalement une métaphore visuelle, mais qu'elle est plutôt d'essence temporelle.

C'est par exemple, ce que Marcel Duchamp en digne successeur de Léonard (d'où les moustaches) a pu avoir l'occasion d'en comprendre...

Mais plus simplement, lorsque Brunelleschi annonce un jour à Florence qu'il a résolu "le problème", il n'est pas vraiment clair de savoir de quel problème il parle, attendu qu'il ne semble pas avoir été très clairement posé, ce "problème".

Mais une chose au moins est compréhensible, c'est que Brunelleschi est d'abord architecte et pas tant peintre, et que la capacité de pouvoir représenter visuellement le résultat des travaux à ses commanditaires, lui permet d'économiser le paiement de l'artisan qui ordinairement était chargé de la réalisation du "modèle", autrement dit de la maquette destinée à convaincre le dit commanditaire de la nécessité d'avancer la monnaie :-)

Les mêmes considérations économiques nous ont évidemment conduits dans des directions à des modèles encore plus abstraits, 3D ou pires...

Bref, que la perspective ait été au fond issue d'une pensée qui projette [temporellement, je veux dire :-)]
aurait dû suffire à faire un peu douter de la nature "visuelle" de la chose.

Mais il suffit d'en croire un instant nos yeux - mais alors, juste un instant :-) les miens souffrent en cette espèce luisants qu'ils sont de doute - pour comprendre que le prétendu point de fuite est un point d'attraction.
L'endroit où nous "devons" aller. Sinon à pied, du moins en pensée, en perception et en désir.
En français plus vulgaire, une laisse qui capture et captive notre regard.
Et ce ne sont pas ces fils qui lient le regard à la fenêtre dans les études perspectives du XVII ème siècle qui me contrediront :-).

De même l'irruption d'une nouvelle vision de l'Histoire à partir de la Renaissance aurait dû nous convaincre qu'il ne s'agissait pas d'espace, mais de temps.

De même, l'inversion de la vision des mystiques Rhéno-Flammands (qui furent souvent les meilleurs opticiens de leur époque) en la vision perspective moderne, dans laquelle les rayons partent de l'Homme et non plus de Dieu, aurait dû aussi nous faire soupçonner quelque chose, puisque dans la vision Rhéno-Flammande, les âmes sont "émises" par Dieu le long des rayons lumineux, et retournent à Dieu selon ces mêmes rayons (Ce qui constitue LE temps chrétien - dans la vision Rhéno-Flammande)
[Il se trouve d'ailleurs, que certains cénacles florentins d'importance historique notable quant à la perspective étaient néo-platoniciens, comme l'étaient les Rhéno-Flammands du moins à l'origine]

Voilà. Je voulais juste insister sur le fait que la perspective "projette", non pas sur un plan, mais dans le temps. Et qu'elle est d'essence bien plus temporelle que spatiale.

Il faudrait aussi noter - tout de même - que la perspective est essentiellement une illusion :-). Reconnue et critiquée comme telle par quelques auteurs du XVII ème.

Dès lors, quand on parle de perspective, il me semble qu'on parle de temps et donc d'une certaine manière ["vague", ou "large" puisque perceptive] de projet.

Et il me semble aussi que l'on se pose (possiblement inconsciemment) la question de savoir quel type d'illusion peut s'avérer "pratique" et raisonnable, c'est à dire au fond "réaliste".

Et donc de ce que signifie ce "réalisme" du point de vue d'une pratique intellectuelle sur(-)réaliste, mais ça, c'est mon boulot. :-)"
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