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"Quoi de neuf depuis quelques centaines de milliers d'années ?"

OlivierAuber

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La vision de Leroi-Gourhan selon laquelle l'hominisation serait un processus d'extériorisation croissante de nos membres et de nos organes, n'explique pas l'irruption du langage. Selon Dessalles[1], le premier cri articulé serait à la fois une expression de peur, une alerte pour nos congénères et donc un acte de survie ; conséquence directe du premier massacre à grande échelle rendu possible par la découverte de la première arme, il y a quelques centaines de milliers d'années.

Mais s'il y a eu massacre, c'est que précédait la "violence symbolique" si bien décrite par Pierre Bourdieu; celle d'une caste envers une autre, et qui sévit aussi à l'intérieur de chaque caste. Cette violence n'est pas spécifique au genre humain. Bien au contraire, c'est ce qui rapproche le plus, encore aujourd'hui, le genre homo du règne animal. La violence symbolique annonçait donc le massacre, et le langage a été la stratégie évolutionnaire permettant à l'humain de s'y soustraire, tant bien que mal.

C'est une idée ancienne que de considérer qu'un sacrifice peut éviter un massacre. Cela flotte dans l'inconscient de l'espèce, c'est-à-dire des hommes à peine moins stupides et résignés que des bêtes que d'autres bêtes mènent à l'abattoir, qui continuent comme elles, à exercer jusqu'au bout sur leurs semblables leur violence symbolique, source de tous les crimes.

En dernier ressort, l'homme croyant conclura d'un tremblement de terre que Dieu ne veut pas de ce sacrifice prodigué à l'humain par l'humain-même: s'il doit y avoir un sacrifice, c'est à Dieu lui-même qu'en revient la charge, sans intermédiaire !

Aujourd'hui, un nouveau massacre global est annoncé comme imminent et l'inconscient sacrificiel est à son comble chez nous autres, les humano-bêtes. Cependant, j'espère ne pas être le seul à croire en notre capacité de nous élever en regardant en face notre violence symbolique et à la déjouer, sans attendre quelque tsunami que ce soit.

Il ne s'agit pas de retourner contre nous-mêmes l'arme globale que nous avons ciselée depuis des millénaires (les technologies de surveillance, le contrôle, la destruction ciblée, etc.). Il s'agit d'utiliser collectivement cette arme comme un miroir conscient de nos propres comportements, à travers la science, l'empathie, la contemplation.

Au fond du fond, le " point de fuite" de toutes nos armes désigne l'inconnaissable de notre origine et de la "substance" qui nous lie. Faute de mieux, on lui substitue toutes sortes d'expédients (le marché, la performance, la compétitivité, voir le sur-homme (ou dans sa version moderne le post-humain.) qui répètent toujours la même violence et mènent toujours vers le même sacrifice.

Il me reste un secret espoir (enfin, pas si secret puisque j'en parle) que ces points de fuite aveugles peuvent être retournés par certaines expériences agoriques qui ne sacrifient rien ni personne, si ce n'est notre vanité. C'est dans ce fol espoir que je n'ai pas lâché l'idée du Générateur Poïétique[2] depuis plus d'un quart de siècle...

Que voit-on sur le Générateur Poïétique ? Quel comportement moyen ? Justement, l'on voit l'oscillation complexité/simplicité, guerre/paix, dont Jean-Louis Dessalles et moi tentons de mathématiser la fréquence propre à l'aide de la théorie de la simplicité[3]. On n'en est pas loin je crois. Il faut juste un peu de patience le temps d'être en mesure de faire des expériences en vraie grandeur afin de vérifier.

[1] Why we talk? Jean-Louis Dessalles. Oxford University Press 2007. http://wwt.dessalles.fr/
[2] Générateur Poïétique : http://fr.wikipedia.org/wiki/Générateur_Poïétique
[3] Théorie de la simplicité : http://fr.wikipedia.org/wiki/Théorie_de_la_simplicité
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