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Partie III



PERSPECTIVES ET TERRITOIRE


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Olivier Auber


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Octobre 2007


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SOMMAIRE





RESUME


En cours...

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PERSPECTIVES ET TERRITOIRE


Partie III - Perspectives et territoire

Mutation annoncée

Après la Renaissance, le régime de légitimité spatial et les « industries de l'espace», les plus à même de gérer les sols, les choses et les gens, ont longtemps gardé leur primauté. Le tournant vers d'autres perspectives a eu lieu au cours de la révolution industrielle qui marqua le passage d’une économie de production basée essentiellement sur l’exploitation de l’espace (l’agriculture) à une autre, fondée de plus en plus sur le code (les produits manufacturés, les marques, les brevets) et sur le temps (presse d'abord, puis téléphone, radio et télévision). Bien entendu, cette typologie n'est pas exclusive ; toutes les industries du temps, du code et de l' espace sont dans certaines mesures les trois à la fois.

Aujourd'hui, les nouvelles industries temps et du code nées avec l'avènement de l'Internet et plus généralement avec des technologies NBIC, ne sont pas véritablement industrielles au sens propre. Dans chacune des catégories, on peut trouver aussi bien des multinationales, des petites sociétés ou des artisans, seuls ou réunis en réseau. Toutes sont placées désormais sous la pression des régimes de légitimités temporel et numérique.

Comment les pouvoirs territoriaux, anciennes industries de l'espace entrées à leur tour dans le réseau, subissent la même pression? Dans quelle mesure ils se conforment à leurs normes. Comment leurs formes de légitimité intrinsèques mutent-elles ou seront-elles amenées à le faire?

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Le territoire aux prises avec le régime de légitimité temporel


Partie III - Perspectives et territoire
Le territoire et le régime de légitimité temporel

Légitimité par impartialité: un renouveau?

En France, c’est sans doute sur le plan du renouveau de la légitimité par impartialité dans le registre de la perspective temporelle, que les initiatives institutionnelles sont les plus visibles et les plus volontaires. Les sites gouvernementaux ont entrepris de donner un accès universel aux services publics et de rendre plus lisibles les modalités qu’ils mettent en œuvre. L’« e-administration» s’inspire ainsi de l’ergonomie et du design cognitif des sites commerciaux les plus performants, pour rationaliser et améliorer les services aux usagers. Le domaine de la cartographie, emblématique de la figure du pouvoir, est certainement l'un de ceux qui dérogent le moins à cette logique.

Fréquentation des sites gouvernementaux (inclus. Géoportail) : 17,7 millions de visiteurs uniques en avril 2007. Source : Stat@Gouv n°11


Dans le domaine de la cartographie institutionnelle comme dans les autres, les maîtres mots des politiques publiques sont: mutualisation, productivité, réduction des coûts, voire rentabilité. On attend d’eux qu’ils contribuent au désendettement de l’Etat. De fait, les gains de productivité réduisent à néant des pans entiers de l’administration fondés sur l’ancien régime spatial. Une destruction que l’on espère contrebalancée par de nouvelles créations selon le "cercle vertueux des services en ligne" proposé par Pierre de La Coste.

Le cercle vertueux des services en ligne
Source: rapport L'Hyper République Pierre de La Coste 2003


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Partie III - Perspectives et territoire
Le territoire et le régime de légitimité temporel

Légitimité par impartialité: pas sans risque

En dépit des efforts consentis, l' e-administration et les e-services publics dérogent aux canons de la légitimité temporelle sur de nombreux points.

Pour ce qui est des services traditionnels de l'' e-administration, la centralisation du traitement de l’information réduit toujours plus le nombre de ceux qui peuvent en infléchir les règles, en même temps qu'elle augmente la vitesse avec laquelle ces règles peuvent changer selon les revirements du pouvoir législatif. Cela peut être vu comme un gage de souplesse et d'adaptabilité cohérent avec le regime de légitimité temporel, à condition que la population se reconnaisse dans le point de fuite que le pouvoir lui présente. Le risque est ici de voir se produire une sorte d'ossification des normes politiques et sociales existantes, qui ne donne pas la possibilité au corps social de les réexaminer, et donc de créer au passage de nouvelles relations, de nouveaux sens et de nouvelles solidarités.

Pour ce qui est des initiatives de e-services des collectivités, voire de l'Etat ou des ses agences, beaucoup dépassent largement le périmètre traditionnel des services publics. Elles investissent par exemple les domaines du débat public et de la citoyennenté ou bien dans celui de la valorisation du territoire en terme de tourisme, d'urbanisme et d'aménagement, de culture, d'industrie et de services. Pour des raisons de validation de l'information publique, ces e-services peinent à mettre en oeuvre pleinement toutes les possibilités de l'Internet. En particulier ils ne laissent pas les internautes co-construire ou intervenir sur les cartes sociales ou géographiques comme le font beaucoup de sites privés ou communautaires. Le risque est là que ces e-services exerçent une concurrence sur les services similaires proposés par lesdits acteurs privés ressentis parfois comme plus légitimes par les internautes. Certains de ces acteurs privés, implantés sur le territoire visé, sont ainsi freinés dans leur développement économique.

En résumé, à la lumière de la perspective temporelle, l'écueil qui guette tous les e-services territoriaux et l'' e-administration est qu'ils fassent figure de rhétorique institutionnelle ou de communication électorale, bref qu'ils appraissent comme de purs produits de l’ économie de l’attention.

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Partie III - Perspectives et territoire
Le territoire et le régime de légitimité temporel

Legitimité par impartialité: fournisseur d’identité comme les autres

Les sites gouvernementaux et territoriaux ressemblent de plus en plus à des sites commerciaux, non seulement sur le plan de leur esthétique, mais aussi sur celui de leur relation à l’utilisateur. Tout commence en général par un identifiant et un mot de passe, avant d’entamer une interaction personnalisée, qui bizarrement, même dans le cas d’un site de service public, peut aussi être d’ordre marchand.

Se pose alors aux sites gouvernementaux et territoriaux la même question que celle posée à tous les acteurs du Web, en particulier à ceux qui gèrent des données personnelles: c’est celle de l’" identité numérique". L’identité qu'ils délivrent et stockent dans leurs bases données est le préalable à l’établissement de toutes formes d’interaction et de cartographie sociale. Tous les grands acteurs de l'Internet sont devenus à un titre ou à un autre, ce que l’on appelle des « fournisseurs d’identité».

Dans le régime de légitimité temporel de plus en plus évident aux yeux des internautes, l’Etat et les acteurs territoriaux deviennent à leurs tours des fournisseurs d’identité comme les autres.

Face la démultiplication des identifiants (un par site où est enregistré chaque utilisateur), les acteurs du Web les plus avancés prennent peu à peu conscience faut imaginer d’autres modalités de gestion de l’identité, plus ouvertes, plus sécurisées, et surtout centrées et contrôlées par l’utilisateur. De multiples développements existent à ce sujet dont le plus en pointe est sans doute OpenID, un système Open Source adopté récemment par Yahoo, Wikipédia, Orange, Microsoft, etc.

L’identité ayant partie liée avec le «code», sa centralisation qui pouvait paraître légitime dans les régimes de légitimité spatial et temporel, l'est de moins en moins dans celui de la perspective numérique naissante. Et c'est bien un système acentré que propose OpenID.

S’ils veulent survivre, les centres de « réseaux sociaux» de type Facebook (60 millions d’utilisateurs début 2008), bien que capitalisant sur ces données d’identité, s’aperçoivent qu’ils vont être obligés de devenir interopérables avec les autres centres et surtout de redonner la main aux utilisateurs sur leurs propres données. C'est que l'on appelle le " réseau social portable" dont OpenID est l'un des éléments.

Comme tous les fournisseurs d’identité, les Etats et les acteurs territoriaux subiront la même pression.

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Partie III - Perspectives et territoire
Le territoire et le régime de légitimité temporel

Legitimité substantielle: valorisation des actifs ou Biens communs?

L’Etat et les collectivités territoriales tentent de réformer leur légitimité substantielle en montrant qu’ils sont les véritables garants de l’intérêt général et des biens publics, matériels et immatériels. A ce titre, l'Etat a entrepris par exemple de restituer aux citoyens les informations dont ils sont la source. Outre le domaine de la cartographie ( Géoportail), c'est aussi le cas en matière d’audio-visuel (INA), de statistique (INSEE), de droit ( LégiFrance), et de finance publique (sites du MINEFI), etc.

Cela ne va pas sans difficultés en raison de la confidentialité de certaines données, notamment personnelles, ou du danger supposé que celles-ci soient exploitées ou détournées par des acteurs commerciaux. On retrouve là les questions de concurrence des centres et de l’ identité numérique. Il y a aussi des problèmes techniques, de format de données, etc.

Mais au delà se pose un dilemme qui semble être loin de pouvoir être tranché. D’un côté, l’Etat, soucieux de la valorisation de ses actifs pour contribuer à son désendettement, veut faire commerce des biens publics immatériels. C’est ce que prône le rapport Lévy-Jouyet qui a conduit à la création au printemps 2007 de l’Agence du Patrimoine Immatériel de l’État (APIE).

De l’autre, il paraît assuré que dès lors que les biens immatériels la collectivité entreraient dans le régime général du marché, ils perdraient immédiatement leur qualité des biens communs. L’Etat et à sa suite les acteurs territoriaux, pourraient à bon droit être considérés comme des entreprises commerciales comme les autres. Ils y perdraient évidemment une part de légitimité substantielle.

Ce dilemme ne trouvera probablement pas de résolution dans le cadre du régime de légitimité temporelle qui, en matière d’information, tend à pousser la concurrence des centres jusqu’au paroxysme. Il en serait tout autrement dans un régime de légitimité numérique qui placerait au centre la valeur «lien», et en périphérie, celle du capital.

Géoportail: zoom maximum sur la place de la Bastille - présence de la signature incrustée «GEOPORTAIL»
GoogleMaps: zoom maximum sur la place de la Bastille (pas de signature incrustée)


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Partie III - Perspectives et territoire
Le territoire et le régime de légitimité temporel

Legitimité procédurale: l'impasse de la démocratie d'opinion

Assurément aujourd’hui, c’est le renouvellement de la légitimité procédurale des pouvoirs territoriaux dans le cadre du régime temporel qui pose le plus de problèmes.

L’Etat et les collectivités locales ne peuvent céder complètement à la pression de l’ interactivité réelle appelée par la perspective temporelle. On a vu que pour s'en prévenir, la République s'était imposée dès sa création un Code électoral fixant une sorte de " temps codal" lent et ritualisé. Cependant, elle y cède à sa manière, en laissant s’installer une démocratie d’opinion à l’aune de laquelle les partis politiques et les acteurs médiatiques semblent s’inscrire dans l’ économie générale de l’attention, comme n’importe quelles entreprises de communication.

Carte des résultats des présidentielles 2007.
Source : LCI & Profession Politique.


Selon un processus de plus en plus industrialisé, la démocratie d’opinion transforme simplement la matière première «attention», en suffrages, puis en impôt, et pour finir en pouvoir, par l’entremise d'une machinerie complexe des sondages et de la communication politique visant à décrypter et à manipuler les codes sociaux.

Par les multiples filtres qu'elle oppose à l’ interactivité, la machinerie en question ne colle pas aux canons de légitimité de la perspective temporelle qui s’impose de plus en plus dans les inconscients depuis l’avènement de l’Internet.

Les subjectivités individuelles façonnées par la perspective temporelle se reconnaissent de moins en moins dans les cartes sociales que les pouvoirs territoriaux leur présentent. En conséquence, celles-ci ne pouvant plus jouer leur rôle de support d’ interaction, font figure de simulacre.

On peut interpréter ce qu’il est convenu d’appeler «la crise de la représentation » comme un défaut de légitimité procédurale dans le registre le perspective temporelle. Et ce défaut particulier du processus d’accession au pouvoir met en doute toutes les autres formes de légitimité. Il s’en suis un état de défiance général vis à vis de tous les pouvoirs territoriaux, tant législatifs qu’ exécutifs.

Comparaison entre l’identité territoriale vécue et le découpage fédéral des USA. Source : the CommonCensus? Map Project

Dès lors les pouvoirs territoriaux sont tentés d'inventer d'autres cartes ou d'en appeler à autres codes qu'ils jugent supplanter tous les autres, par exemple celui de l'"identité nationale", pour tenter de recouvrer une légitimité.

Une du journal « Libération » du 2 octobre 2007.

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Le territoire aux prises avec le régime de légitimité numérique


Partie III - Perspectives et territoire
Le territoire aux prises avec le régime de légitimité numérique

"L'homme, pendant des millénaires, est resté ce qu'il était pour Aristote: un animal vivant, et de plus capable d'une existence politique ; l'homme moderne est un animal dans la politique duquel sa vie d'être vivant est en question. [...] Le problème à la fois politique, éthique, social et philosophique qui se pose à nous aujourd'hui n'est pas d'essayer de libérer l'individu de l'État et de ses institutions, mais de nous libérer, nous, de l'État et du type d'individualisation qui s'y rattache. Il nous faut promouvoir de nouvelles formes de subjectivité" Michel Foucault.

Valeur d'otage et dépendance

Un code étant dans son principe la clef d'un lien (de type quelconque), quand il menace de disparaître, le lien risque de casser. C'est sur ce mécanisme simple que reposent les industries du code, souvent d’envergure mondiale. Elles tirent leurs profits, non pas seulement de la valeur d’usage de leurs produits et services, mais surtout de leur valeur d’otage, à savoir de la dépendance qu'ils produisent chez les sujets clients. Plus forte est la dépendance, plus le monopole du code se raffermit, et plus la valeur d’échange de l'industrie qui le produit grandit sur le marché, parfois jusqu'à un point de rupture...

La première forme de dépendance est alimentaire, il faut manger pour vivre. En cela l'agriculture était, et reste encore une industrie du code. La révolution industrielle a généré beaucoup d'autres dépendances, de plus en plus sophistiquées, mais le principe reste le même.

Lorsque le code (la clef du produit ou du service) est facilement reproductible, la dépendance envers l'industrie productrice est faible. A l'inverse, plus le code est rare ou difficile à reproduire localement, pour une raison naturelle ou artificielle, plus est grande la dépendance. Selon la nature des codes, la dépendance peut être d'ordre physiologique ou psychologique avant de devenir sociale. Le cas extrême est celui des codes entraînant des comportements addictifs qui peuvent soustraire des sujets de l'emprise des codes sociaux dominants, et de ce fait, faire l'objet d'une interdiction de son industrie.

Des codes peuvent avoir une valeur d’otage extrêmement élevée pour une valeur d’usage nulle, tout en restant tolérés. C'est le cas de ceux des produits financiers dérivés tels les "subprimes", dont la valeur d’échange s'est écroulée brusquement en entraînant dans leur chute ceux qu'ils retenaient en otage.


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Partie III - Perspectives et territoire
Le territoire aux prises avec le régime de légitimité numérique

De nouvelles compétences pour juger

Les nouvelles industries du code nées de l'Internet répondent aussi à ce schéma de dépendance. Cependant, à la différence de leurs aînées qui produisaient des objets matériels proliférant de manière invisible, les nouvelles industries qui produisent des codes numériques immatériels, ont un besoin impérieux de visualiser et de donner à voir leur propre processus . C'est sans doute cette visibilité qui révèle aujourd'hui l'existence d'une forme de perspective liée au code.

 MobileTag

Mobile Tag: Catch the Matrix
Source: Mobile Tag


Comme la perspective spatiale, la perspective numérique fait son chemin essentiellement dans les inconscients. Elle devrait lentement augmenter le niveau des compétences communes pour permettre à chacun d'évaluer la qualité des liens et des dépendances qu'il met en place, ou qu'on lui propose. Ainsi, le nouveau régime de légitimité s'infiltrerait partout, jusque dans les anciennes industries nées avant l'informatique et des télécommunications, mais qui y sont confrontées à tous les niveaux de leurs activités.

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Partie III - Perspectives et territoire
Le territoire aux prises avec le régime de légitimité numérique

L'Etat comme industrie du code

Pour considérer les attitudes traditionnelles de l'Etat vis à vis du code, et de ses mutations en regard de la perspective numérique , il est pratique de le représenter lui-même comme une industries du code. Sa valeur d’otage serait son monopole sur le territoire et les gens. La loi constituerait à la fois son code et son instrument, pour décider et agir en vue de renouveler les conditions de sa propre existence.

Suivant le type de code extérieur à lui-même auquel l'Etat est confronté, l'éventuel danger qu'il fait peser sur l'ordre social ou la Nation, ou au contraire l'intérêt que l' industries du code en question représente pour le territoire, le législateur opte pour des traitements très variés: pénalisation pour certains, institution d'organismes publics ou de monopoles pour d'autres, moratoire ou principe de précaution, création de pôles industriels et de recherche nationaux, taxation, délégation de service public, vente de licences, privatisation, etc.

Toutes ces postures de la loi, conçues pour répondre à des codes souvent associés à des objets ou des espaces matériels emprunts d'une certaine rareté (y compris l'espace des radiofréquences), semblent aujourd'hui devoir évoluer devant la profusion des codes générés par l'Internet, dans sa version actuelle, et plus encore dans sa version future.

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Partie III - Perspectives et territoire
Le territoire aux prises avec le régime de légitimité numérique

L'impossible monopole

Non seulement la rareté des codes est amenée à disparaître, mais le régime de légitimité numérique en germe dans le réseau voudrait que ces codes soient contrôlés par les utilisateurs eux-mêmes, y compris et surtout l' identité numérique personnelle.

Les premiers à être placés sous cette pression, les plus grands acteurs de l'Internet, se sont déjà engagés dans cette voie en adoptant le protocole libre de gestion de l'identité OpenID. Ce protocole permet à chacun de gérer son identité, là où il le désire, c'est à dire chez un tiers de confiance ou bien sur son propre terminal, et comme il le désire, c'est à dire en contrôlant les fragments de lui-même qu'il montre ou pas, à tel organisme ou tel interlocuteur.

Contre toute attente, des multinationales ont donc renoncé à être les dépositaires exclusifs des identités. Bientôt sous la pression du régime de légitimité numérique, elles renonceront aussi au contrôle des réseaux sociaux et aucune industries du code ne pourra prétendre avoir quelque prise que ce soit sur ces données.

 Gcode

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Partie III - Perspectives et territoire
Le territoire aux prises avec le régime de légitimité numérique

Lâcher prise sur l'identité numérique

Les Etats à leur tour devront passer par cette sorte de lâcher prise général. Les lois qu'ils ont façonnées de longue date par tractation avec les industries de l'espace, du temps et du code, devront prendre en compte directement un acteur depuis longtemps oublié: l' individu. A moins que ce soit l'inverse, c'est à dire que chaque individu soit amené à devenir un atome déterminant (de) la loi.

Dès lors qu'il aura repris le contrôle de son identité et de son réseau, le dividu , à savoir l’homme fractionné en - citoyen - électeur - usager - client, etc. ne sera plus rien de tout cela. L'identité publique deviendra complexe et inaccessible à l'image de l'identité réelle. Tout sondage deviendra vain. Toute quantification impossible à l'insu du quantifié. Toute tentative de vision surplombante en dira plus sur les intentions de l'observateur que sur la chose observée.

A la vue de ce renversement de perspective, la question majeure posée à tous réside dans ses conditions pratiques. Sera-ce au prix d'une nouvelle décapitation du " point de fuite", et de la suppression violente des privilégiés des industries de l'espace, du temps et du code, bref un grand soir, suivi probablement d'une longue nuit?

Ou bien de manière plus souhaitable, par une refondation raisonnée des légitimités, substantielle, procédurale, et par impartialité de tous les acteurs?

Cette dernière option voudrait dire pratiquement que les centres physiques et réticulaires, disons pour simplifier, les gouvernements territoriaux et les grands acteurs du réseau, devront accepter, avec humilité et dans un esprit de lâcher prise complet, de co-construire avec des organismes repartis des processus de représentation et d’individuation acentrés. Dans le monde complexe induit par ces profondes mutations, les rôles et positions respectifs seront grandement modifiés.

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